Les grands barays d'Angkor

Le baray représentent un immense réservoir d'eau, une zone terrestre où des digues étaient élevées pour permettre de conserver cette précieuse ressource lors de l'époque angkorienne. Des temples ont été érigés au centre des barays, relevant le caractère légendaire et spirituel de ces ensembles architecturaux. À partir du IXe siècle et juste après l'avènement de l'empire khmer en 802 par Jayavarman II se proclamant "chakravartin", ou monarque universel, roi des rois, au sommet de Phnom Kulen, libérant le peuple khmer du joug de l'île de Java, les bâtisseurs de l'empire débutèrent leurs splendides et massifs projets visant à lui apporter le rayonnement qu'on a connu.

Une utilisation qui fait toujours débat

Dans la culture populaire, le baray servait évidemment à l'agriculture du peuple khmer. L'ouvrage hydraulique pouvait se remplir grâce aux rivières débordantes ou aux sévères pluies des moussons. Il permettait tout d'abord de gérer cet afflux d'eau parfois trop conséquent durant certaines saisons des pluies allongées. De plus, et grâce à la pente naturelle du terrain pensée par les architectes au moment du creusement, l'eau aurait pu à la fois se déverser dans des canaux irriguant les rizières du pays et notamment d'Angkor, la capitale, mais également vers le lac Tonlé Sap en cas de remplissage à outrance. Cet intérêt aurait été primordial lors des longues saisons sèches ou des moussons qui pouvaient ponctuellement toucher l'Asie du Sud-Est entre le IXe et le XIVe siècle, pour durer parfois bien plus longtemps que prévu. Une technique savante, qui, vu la taille et le volume de ces réservoirs, aurait dû fonctionner durablement.

Alors la question qui se pose est de savoir pourquoi les récentes recherches, notamment celle de National Geographic datant de 2017, avancent que cette capitale, avancée sur son temps, sûrement la plus peuplée du monde pré-industriel avec son million d'habitant, a pu faire chuter tout un empire, à cause de… L'eau. Le débat a été ouvert pour savoir si ces barays ont réellement servi à l'empire de cette façon pour gérer les différentes variations pluviométriques ou de sécheresse que subissait le peuple khmer, ou si ceci n'est en fait qu'un mythe. Une chose est en tout cas avérée : l'eau servait à la légitimité des différents rois angkoriens et était donc liée à la politique et à la religion. Mais à quel point ? Toujours est-il qu'à la fin du XIVe siècle, Angkor a souffert, sur plusieurs années consécutives, de sécheresses terribles et de moussons torrentielles, sans aucun répit. Ces déluges brutaux et fréquents auraient provoqués de graves inondations répétées plusieurs années durant, entraînant l'érosion des différentes structures proches notamment de la rivière Siem Reap à Angkor Thom, ou des différents barays et canaux construits dans la capitale. Ces canaux se sont retrouvés obstrués par des bâtiments en ruines s'effondrant dans leur lit et les bloquant, provoquant de facto de nouvelles inondations. La chute lente de l'empire khmer s'est ensuite concrétisée lors de l'envahissement du Siam en 1430.

Les 4 plus grands barays toujours intacts

De larges questions sur leur utilisation peuvent se poser, leur degré d'importance technique ou spirituelle n'est lui plus à prouver cependant. Le site archéologique d'Angkor abrite encore aujourd'hui les 4 plus grands barays du pays. Seul deux conserve encore de l'eau en leur sein : ceux du Mebon Occidental et de Jayataka, les deux plus récents. Jayataka est au bord de l'assèchement et a d'ailleurs déjà été envahi par la végétation. Il se rempli quelque peu lors de la saison des pluies, c'est tout. Voici les quatre listés dans l'ordre chronologique de leur construction.

Le premier de cette liste à avoir été érigé fût Indratataka. Il mesure 3,8 km sur 880 m et a été achevé en 889 par le roi Indravarman Ier. À l'époque Angkor n'était pas la capitale de l'empire khmer, c'était Hariharalaya, tout proche, où le baray a été construit, près du groupement de temples de Roluos. Le temple de Lolei gît aujourd'hui au centre d'un Indratataka vide.

Dans la foulée d'Indratataka a été construit le deuxième grand baray. Le Yashodharatataka ou baray oriental. Il mesure presque 5 fois la surface du premier avec ses 7,8km sur 880m. Il accueillit 50 ans plus tard, en son centre, le temple du Mebon Oriental.

Le troisième et plus grand baray de l'histoire du Cambodge, 8km sur 2,2km, a été construit au début du XIe siècle sous le règne de Suryavarman Ier. Il donne vraiment une impression d'immensité, on se demande comment est-il possible de creuser un baray si gigantesque. Il accueille en son centre une île artificielle où reposent les ruines du temple du Mebon Occidental.

Enfin le 4e et dernier des plus grands barays d'Angkor est Jayatataka. Il a été construit par Jayavarman VII à la fin du XIIe siècle. Ses dimensions se jaugent aux alentours des 2,5 km sur 600 m. Il est considéré comme étant le baray du Preah Khan, adjacent au réservoir, bien que ce soit un autre temple qui surplombe le baray en son centre : le Neak Pean.

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