Le krama cambodgien

Le krama cambodgien

12 juil. 2019

Vêtement symbolique du peuple Khmer, le krama est une pièce de tissu portée au Cambodge. Traditionnellement tissé en coton, son motif est formé de bandes d’une seule couleur, croisées sur des bandes blanches, et formant ainsi un damier de petits carreaux. Les teintes les plus courantes sont le bleu, le violet ou encore le rouge, et parfois le vert.

Mesurant généralement de 40 à 70 cm de large, pour un minimum de 140 cm de long, il peut aussi être encore plus grand, et servir ainsi de sarong, d’écharpe porte-bébé, de baluchon, etc. Si le motif traditionnel à petit carreaux perdure toujours, grâce aux colorants modernes, de nouvelles couleurs ont fait leur apparition. Traditionnellement chaque province avait sa couleur, permettant ainsi de reconnaître au premier coup d’œil l’origine de son porteur, en plus de le différencier des voisins thaïlandais ou laotiens et, de tous les étrangers en général.

Histoire et krama cambodgien

Ses origines historiques semblent remonter au XIIIème siècle, comme en témoigne un rapport de l’ambassadeur Chou Ta-Kuan, délégué par l’empereur Ming Yongle, qui décrit ce vêtement porté par les habitants de la cité d’Angkor.


Le krama, depuis ces temps reculés et jusqu’à aujourd’hui, est porté par tous, hommes, femmes et enfants. Il est utilisé en de nombreuses occasions quotidiennes, ou il remplit beaucoup d’autres offices. Plus qu’un simple vêtement, il est un accessoire indispensable pour les paysans khmers, qui leur rend de nombreux services.

Le krama cambodgien

Le krama aurait pu disparaître sans l’attachement des khmers à ce morceau de tissu. Durant l’époque coloniale, le pays, sous protectorat français et intégré à l’Indochine, doit se plier aux exigences des Européens qui veulent « rationaliser » le système d’exploitation agricole dans le pays tout entier. Ils introduisent alors la culture de l’hévéa destiné à la production de caoutchouc et s’ils favorisent celle du coton c’est pour l’exporter.

Malgré cela, les femmes ont toujours pu récolter assez de fibres pour alimenter leurs métiers à tisser traditionnels les « key. » Elles ont ainsi inlassablement produit cette étoffe emblématique, en tout temps et en tous lieux, quels que soient les Hommes et les politiques qui ont bouleversé leur pays et tenté de faire disparaître leurs coutumes.

De nos jours, marqué par l’époque tragique du régime de l'Angkar (1975-1979) durant laquelle il a souvent servi de lien aux condamnés, le krama rouge et blanc est encore mal perçu par les survivants des massacres. Il faut dire que le « Kampuchéa démocratique » imposait à tous de le porter afin de purger le pays des influences du capitalisme colonial et, de créer une société sans classes…

Le Krama, plus qu’un habit pour le peuple khmer

  Le krama cambodgien  

Bien que le krama traditionnel, celui que portent les habitants, soit en coton, depuis longtemps les femmes tissent aussi des kramas de soie pour arrondir leurs revenus. C’est dans la province cambodgienne de Kampong Cham sur la rive orientale du Mékong, que sont produits la plupart des kramas de coton, tandis que la soie est récoltée et tissée dans celle de Takéo, au sud du pays non loin de la capitale Phnom Penh où ils seront vendus aux plus riches, marquant ainsi leur statut social.

Dans un pays où l’économie repose avant tout sur l’agriculture et sur l'industrie standardisée du textile, cette modeste pièce de tissu authentique conserve tout son attrait. En raison de son agréable légèreté sous un climat tropical humide, du fait que son prix est aussi modeste que son apparence et, des multiples usages que l’on peut en faire, le krama est intimement lié au peuple cambodgien.

Partout où les yeux se tournent, il est présent. Echarpe ou couvre-chef, il protège de la morsure du soleil. Les Khmers n'aiment pas bronzer durant la journée, même lors de grandes chaleurs couvrir la moindre parcelle de peau est primordial pour une grande majorité d'entre-eux. Largement étendu sur la tête et les épaules, il abrite du vent le dos courbé des paysans qui s’éreinte dans les rizières. Noué tel un paréo autour des hanches, il devient sarong (jupe) porté par tous, hommes ou femmes. Parfois, pour faciliter les travaux agricoles, les hommes le nouent savamment pour en faire une sorte de short qui leur donne de l’aisance.

Il est aussi souvent transformé en tablier, pour protéger un second krama porté à même la peau, avant d’essuyer les corps luisants de sueur des paysans qui rentrent chez eux. Parfois encore, il est tendu entre deux montants d’une charrette ou il improvise un parasol bienvenu, lorsqu’il ne devient pas hamac entre deux arbres.

Le pays revendique même son savoir-faire dans la confection du précieux krama. En juillet 2018, des tailleurs phnompenhois ont tissé le plus grand krama du monde, mesurant 1149 mètres de long sur 88 centimètres de large. Cela est certes symbolique mais révèle l'importance de ce bout de tissu entre les frontières du territoire khmer.

  Le krama cambodgien  

Son étoffe solide sert souvent de porte charges, de baluchon de fortune ou même, devient un brancard improvisé. Les enfants le connaissent depuis leur plus jeune âge car il sert de porte-bébé douillet et confortable, avant de devenir leur vêtement et même, un compagnon de jeux ou un cartable. Il cache encore la nudité des baigneurs qui se lavent dans le fleuve, sèche leurs corps avant de les habiller de nouveau car, il sèche lui-même rapidement.

Le krama a tant et tant d’utilisations, que le considérer comme écharpe ou vêtement est trop réducteur. Il est tout à la fois, un tissu aux multiples facettes et le symbole d’un peuple tout entier. Il est de tous les instants, de tous les travaux, présent de leur naissance jusqu’à la fin de leur vie.

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