Mondulkiri et Ratanakiri
Le nord-est cambodgien, ses collines à 800 mètres, ses peuples Bunong et Tampuan, ses sanctuaires d'éléphants et son lac volcanique : un autre Cambodge, à 7 heures de Phnom Penh.
Le Mondulkiri et le Ratanakiri occupent l'angle nord-est du pays, contre les frontières vietnamienne et laotienne. C'est une région que nous présentons toujours comme une rupture franche avec le Cambodge des rizières et des temples : ici, le relief monte à 800 mètres, les sols deviennent rouges et latéritiques, et la forêt remplace les plaines. Les deux provinces partagent un même fond ethnique, avec une majorité de populations dites Khmer Loeu (Khmers des hauteurs), notamment les Bunong au Mondulkiri et les Tampuan, Kreung, Jarai et Brao au Ratanakiri. Ces communautés vivent encore largement de l'agriculture sur brûlis, de la collecte de résine et, de plus en plus, du café et du poivre.
Sen Monorom, chef-lieu du Mondulkiri, est une petite ville d'altitude à 6 ou 7 heures de route de Phnom Penh par la route nationale 76, désormais asphaltée. On y arrive souvent surpris : les soirées de décembre à février descendent à 18°C, parfois moins, et les habitants portent des polaires. Autour de la ville, les collines de Sea Forest et de Phulung sont quadrillées de plantations d'avocatiers, de caféiers et de cultures vivrières. Les cascades de Bou Sra, à une heure de piste à l'est, tombent en deux paliers dans une vallée encore boisée. C'est aussi à proximité de Sen Monorom que se trouvent les sanctuaires d'éléphants où les animaux, retirés du travail forestier ou touristique, ne sont plus montés : Elephant Valley Project à Putrom, et Mondulkiri Project, qui fonctionnent en partenariat avec les villages Bunong.
Le Ratanakiri, plus au nord, demande un déplacement supplémentaire : compter une journée entière de route depuis Sen Monorom, ou une liaison directe depuis Phnom Penh d'environ 10 heures. Banlung, sa capitale, s'organise autour du lac de Yeak Laom, un cratère volcanique parfaitement circulaire de 800 mètres de diamètre, profond de 50 mètres, considéré comme sacré par les Tampuan qui en gèrent l'accès. La rivière Tonlé San et le Tonlé Srepok, deux affluents majeurs du Mékong, traversent la province et alimentent des cascades comme Ka Tieng et Cha Ong, accessibles en moto depuis Banlung.
L'économie locale a beaucoup changé depuis quinze ans. L'hévéaculture, les anacardiers et le café robusta ont remplacé une partie de la forêt primaire, et la pression foncière sur les terres communautaires est un sujet sensible. Nos guides, souvent originaires des villages eux-mêmes, abordent ces questions sans les esquiver : visiter le nord-est, c'est aussi comprendre comment ces sociétés négocient leur place dans le Cambodge contemporain. Les marchés de Sen Monorom et de Banlung, fréquentés le matin par les femmes Bunong et Tampuan venues vendre légumes, bambous et tabac, donnent une lecture concrète de cette mosaïque.
Côté table, on s'éloigne aussi des recettes khmères classiques. Le poulet grillé au poivre frais de Mondulkiri, les soupes de bambou fermenté, le riz noir gluant cuit dans des tiges de bambou (kralan) et les fruits de saison (avocats, durians, mangoustans en mai-juin) composent l'ordinaire. Le café du Mondulkiri, torréfié à Sen Monorom par quelques petits producteurs, mérite qu'on s'y arrête.
Pourquoi venir ici plutôt qu'ailleurs au Cambodge ? Parce que c'est la seule région du pays où l'on dort sous une couverture, où l'on marche en forêt avec un pisteur Bunong, et où l'on rencontre des sociétés dont la langue, les rites funéraires et le rapport à la terre diffèrent profondément du monde khmer des plaines. Cela ne se visite pas en deux jours, et cela ne se fait pas sans guide local.
À découvrir
Sanctuaires d'éléphants de Mondulkiri. Une journée à pied avec les éléphants retirés du travail à Elephant Valley Project ou Mondulkiri Project, dans la forêt autour de Putrom. Les animaux ne sont ni montés ni baignés sur commande, et l'accompagnement se fait avec des mahouts Bunong.
Lac volcanique de Yeak Laom. Un cratère circulaire de 800 mètres de diamètre rempli d'une eau verte, à 5 kilomètres de Banlung. Le tour à pied prend une heure et demie sous la canopée, avec quelques pontons de baignade gérés par la communauté Tampuan.
Cascades de Bou Sra. Deux chutes successives dans la jungle à l'est de Sen Monorom, accessibles après une heure de piste. La chute inférieure, haute d'une vingtaine de mètres, s'aborde par un sentier qui descend dans la gorge.
Trek de 2 jours en forêt Bunong. Marche depuis un village comme Dak Dam ou Pulung, nuit en hamac sous moustiquaire, repas cuisinés au feu de bois dans des bambous. Le guide explique les plantes médicinales et la coutume du brûlis rotatif.
Cimetières animistes du Ratanakiri. Dans certains villages Tampuan et Kachok autour de Voen Sai, sur le Tonlé San, on trouve encore des sépultures de bois sculpté entourées d'effigies, accessibles uniquement avec l'accord du chef de village.
Quand y aller
La meilleure période pour le nord-est s'étend de novembre à février : pluies terminées, pistes praticables, températures de 18 à 28°C en journée et nuits fraîches en altitude (parfois 15°C à Sen Monorom en janvier). Mars et avril restent secs mais la chaleur grimpe à 33-35°C, et les feux de brûlis épaississent l'air d'une brume tenace, gênante pour la photo et la randonnée.
De mai à octobre, la mousson rend une partie des pistes du Ratanakiri difficile, en particulier les accès aux villages éloignés de Voen Sai et aux cascades secondaires. Les paysages sont alors verts et les cascades pleines, mais il faut accepter des journées coupées par de fortes averses (200 à 400 mm par mois entre juillet et septembre) et prévoir un 4x4. Nous déconseillons généralement la zone entre mi-juin et mi-septembre pour un premier voyage.
Conseils pratiques
Nous recommandons un minimum de 3 jours pleins pour le seul Mondulkiri (Sen Monorom, une journée éléphants, une cascade, un village Bunong), et 5 à 6 jours si l'on ajoute le Ratanakiri, en raison de la route de liaison entre les deux provinces, longue et fatigante. L'accès se fait par la route depuis Phnom Penh, sans aéroport opérationnel pour les visiteurs : compter 6-7 heures jusqu'à Sen Monorom, 10 heures jusqu'à Banlung. Une combinaison logique consiste à enchaîner Phnom Penh et Mékong puis Mondulkiri-Ratanakiri, avant de redescendre vers Siem Reap et Angkor en vol intérieur ou en passant par Kratie sur le Mékong.
Le confort reste simple : à Sen Monorom et Banlung, on trouve des lodges en bois corrects, parfois avec piscine, mais pas d'hôtellerie haut de gamme. Les nuits en village ou en forêt se font en hamac ou en case sur pilotis. Cette région s'adresse aux voyageurs curieux des cultures montagnardes, aux marcheurs et aux contemplatifs prêts à accepter quelques heures de piste et une nourriture simple. Elle convient aux familles avec enfants d'au moins 8-9 ans, capables de tenir une journée de route et une marche en forêt.




