Preah Khan

Situé à l’extrémité nord du parc archéologique d’Angkor, à environ 2 km au nord-est d’Angkor Thom, le Preah Khan est l'un des ensembles les plus importants érigés au cours de l'ancien empire khmer.

Bien plus qu’un temple, il témoigne de l’organisation d’une petite cité de 56 hectares qui intégrait notamment une université.

Aujourd’hui, envahi par les racines de fromagers géants, Preah Khan demeure un exemple remarquable d’architecture de plain pied dite de style « complexe monastique ».

 

Histoire

 

Le Preah Khan (« l’épée sacrée » en khmer) a été bâti entre 1184 et 1191 sur les lieux où Jayavarman VII livra une bataille victorieuse contre les Chams qui avaient envahi Angkor en 1177.

Fervent bouddhiste et grand bâtisseur, ce roi qui avait déjà consacré le temple de Ta Prohm à sa mère, dédia le Preah Khan à la mémoire de son père.

Quelques 15 000 personnes évoluaient dans ce grand ensemble entouré d’une douve (notamment des moines, des enseignants, des étudiants et des danseuses) et des centaines de milliers d’autres étaient employées à pourvoir à leurs besoins dont les agriculteurs des villages alentours qui produisaient des tonnes de riz pour les nourrir.

Au 13e siècle, sous le règne du roi Jayavarman VIII qui imposa un retour à l’hindouisme, la plupart des représentations du Bouddha ornant le Preah Khan ont été détruites ou transformées.

A la fin des années 1920, des travaux de restauration furent entrepris suivant la méthode de l’anastylose (reconstruction s’appuyant sur les concepts architecturaux d’origine).

Lors de fouilles archéologiques en 1939, Maurice Glaize, le conservateur français d’Angkor, découvrit la stèle Preah Khan aujourd’hui visible dans le « Centre EFEO de Conservation d’Angkor ». Mesurant 2 mètres par 0,60 mètres, elle est gravée sur ses 4 côtés de 179 versets en sanscrit livrant une foule d’informations sur le temple. Elle contient notamment des invocations aux trois joyaux du bouddhisme, le Bouddha, le Dharma (les enseignements) et la Sangha (la communauté bouddhiste). Elle fait également l’éloge de Jayavarman VII, le roi guerrier, bâtisseur d’une ville nommée Nagara Jayasri en sanscrit (« le lieu sacré de la victoire »). Ces textes parlent aussi des villages qui servaient le temple et répertorient la richesse des lieux en argent, or et pierres précieuses. La stèle mentionne qu'en 1191 une statue de Lokeshvara, le Bodhisattva de la compassion, sculptée pour ressembler au père de Jayavarman VII, aurait été consacrée.

Comme toutes les autres structures angkoriennes, le Preah Khan est le gardien de l’héritage culturel des Khmers. Toutefois, ce temple-là a marqué une étape majeure dans l'histoire d'Angkor, celle de la grande réforme religieuse qui, tout en tolérant l'hindouisme, institua le bouddhisme cambodgien.

Malgré les pillages dont il a été victime au cours des décennies passées, comme bien d’autres sites, le Preah Khan témoigne toujours de sa splendeur à travers ses magnifiques vestiges.

 

Visite

 

Temple, monastère, université… Sur un espace de forme rectangulaire de plus de 560 000 m², le Preah Khan regroupe une multitude de constructions réalisées à plat. Ses limites sont définies par une douve de 20 mètres de large et des murs d’enceinte. Le complexe du temple comprend des entrées (gopuras), des tours, des espaces cérémoniels, des cours, des sanctuaires et une variété de couloirs.

Vous accédez à Preah Khan par une allée monumentale soulignée de bornes jadis sculptées de bouddhas qui furent détruits par les prêtres brahmanes lors de la réaction hindouiste sous Jayavarman VIII.

Pour franchir la douve, il faut emprunter la grande chaussée pavée qui est bordée de balustrades formées de devas (anges) et d’asuras (démons) portant un naga géant (serpent mythologique multicéphale). Celles-ci évoquent le mythe hindouiste du barattage de la mer de lait à la recherche de l'amrita, l’elixir d'immortalité des dieux.

Le mur en latérite de la 4e enceinte (la première dans le sens de la visite) délimite un rectangle de 700 m de large sur 800 m de long. Il est orné de 62 monumentales représentations de Garuda dressé (l'aigle véhicule de Vishnou) taillées directement dans le grès.

Jadis quartier d'habitation des milliers de personnes pourvoyant aux besoins des habitants de Preah Khan, le grand espace entre la 4e et la 3e enceinte était occupé par de nombreuses maisons en bois aujourd’hui disparues. Seules subsistent les ruines d'un dharmasala, gîte pour les voyageurs ou les pèlerins.

La troisième enceinte mesure 220 mètres de long sur 165 de large. Son entrée Est (gopura), composée de trois tours, est gardée par une statue de lion bien conservée. Les nombreuses petites représentations de bouddhas qui la décoraient ont été transformés en ascètes barbus (rhisis). Tout de suite après le gopura vous trouvez le « Hall de danse », édifice cruciforme entouré de galeries sur piliers et décoré de belles apsaras sculptées au-dessus des portes d'entrée.

Au nord du « Hall de danse » vous découvrez un bâtiment de deux étages avec de grandes colonnes circulaires. Ce serait les ruines d’un grenier à grains selon l’hypothèse la plus avancée. La cours entre le « Hall de danse » et la deuxième enceinte abrites les vestiges de deux petites bibliothèques.

La seconde enceinte accueillait sur environ 4 hectares le principal complexe religieux au sein duquel se trouvait une concentration de temples et de sanctuaires.

Enfin, tout au centre, la première enceinte, dotée d'importants pavillons d'entrée aux quatre points cardinaux, renferme le temple principal, le prasat cruciforme, divisé en quatre parties par une galerie. Le mur d’enceinte est orné d’images de Bouddha qui ont échappé à la destruction lors de la réaction hindoue du 13e siècle. Cet espace étroit accueille tout de même un grand nombre de petites chapelles funéraires et de tombeaux.

C’est ici, dans le prasat central, le « Saint des saints », que trônait autrefois la statue de Lokeshvara sculptée à l’image du père de Jayavarman VII. Elle a été remplacée par un stupa au 15e siècle. Bien que bouddhiste, ce sanctuaire sacré est encadré par deux petits temples dédiés à Shiva et Vishnou. Vous remarquerez que ses murs sont constellés de petits trous. Certains disent que jadis ils étaient enchâssés d’or et de pierres précieuses mais la signification de leur présence serait plutôt liée à un autre usage. Ils auraient servi à fixer des plaques permettant de réfléchir la lumière.

Le Preah Khan est prolongé vers l'est par un important réservoir d’eau (baray), aujourd'hui asséché, dont le centre est occupé par le temple Neak Pean.

 

Comment s’y rendre

 

En tuk tuk, en taxi-moto, en voiture privée avec chauffeur ou même à vélo pour les plus courageux… Tout est possible.

Pour rejoindre le site de Preah Khan, il faut suivre la route au nord de la porte d’Angkor Thom.

 

Horaires et tarifs

 

Le temple est accessible tous les jours de 07h30 à 17h30.

Pass visiteur, valable pour l’ensemble du parc archéologique d’Angkor :

 1 jour : 37 $

 3 jours : 62 $

 7 jours : 72 $