Le calme après l’inondation

La 9ème édition du Photo Phnom Penh Festival a débuté vendredi 5 octobre et se tient pendant un mois dans la capitale cambodgienne. Cette année neuf lieux d’expositions repartis dans le centre de Phnom Penh ont été retenus pour diffuser le travail de 15 artistes internationaux. La première œuvre que vous aurez la possibilité de contempler est signée La Mo. De par sa série Kindness, le photographe khmer décide d’exposer un problème récurrent au royaume, les inondations. Mais sous un autre angle qu’à l’accoutumé.

Dans une rue proche du Monivong Bridge, il est 6 heures, Phnom Penh s’éveille. La lueur du soleil levant à l’est illumine les visages des passants, libre de tout embarras. Le quartier a bonne mine. Certains s’en vont vendre légumes et fruits, d’autres partent travailler ravis, tandis que les enfants s’improvisent taxis. Et tout cela, sur l’eau. Des barques, des planches, des embarcations de fortune mettent le cap, dans cette zone, six mois de l’année durant. La Mo, témoin privilégié perché sur son balcon, capture ces moments qu’on appelle inondations. « C’est un phénomène terrible qui peut mettre en danger et ruiner des vies. Cependant toutes les photographies qu’on voit circuler dramatisent la situation, explique l’artiste. Bien sûr il en faut pour que cela change, mais moi je veux montrer que les habitants du quartier peuvent maîtriser ce contexte. Et avec le sourire. Faire d’harmonieuses photos dans des moments difficiles. » Pendant deux ans, le photographe khmer peaufine son travail, entre 6 heures et 8 heures, chaque matin où « le soleil montre son visage. » Aujourd’hui et jusqu’au 5 novembre, il expose ses 17 clichés à l’Institut Français du Cambodge, à l’occasion du Photo Phnom Penh Festival.

 

Les enfants du quartier s'improvisent taxis des eaux pour se faire quelques sous.

Les enfants du quartier s’improvisent taxis des eaux pour se faire quelques sous. ©La Mo

 

Le balcon, position idéale

L’artiste de 41 ans pratique cet art de passion. Il travaille à côté pour assumer les dépenses familiales. C’est en allant au bureau, immergé, comme à l’habitude matinale de son quartier, que sa femme lui propose de l’emmener. La moto étant inutilisable, elle tire la corde accrochée à la planche-pneu qui lui sert d’embarcation pour le déposer en lieu sec. « Comme tout le monde ici, se souvient-il. C’est à ce moment-là, une scène plutôt cocasse, que je me suis rendu compte qu’on pouvait passer de bons moments malgré cette situation déprimante. » Sur internet il regarde, s’intéresse, se documente sur les photographies associées aux inondations. Certaines lui plaisent, d’autres moins, mais il est sûr qu’à chaque cliché, il manque quelque chose. Alors il décide de prendre à la hauteur pour donner un charme indéniable à son œuvre Kindness.

 

La femme de La Mo le tirait de la même façon que cette mère transporte sa fille sur l'eau. ©La Mo

La femme de La Mo le tirait de la même façon que cette mère transporte sa fille sur l’eau. ©La Mo

 

Du haut de son balcon, il observe la même situation sous un nouvel angle. Ce qui lui ouvre de nouveaux paramètres. « Lorsque j’ai décidé de travailler sur cette série, je ne pouvais capturer les images que les jours ensoleillés. L’eau devient alors un fond noir, parfois calme, parfois ondulé, sur lequel apparaissent des reflets du quartier, décrit-il. Et je n’ai vu cela qu’en montant sur mon balcon. » Pour constituer son œuvre, La Mo a utilisé le soleil comme pièce maîtresse du puzzle. Son quartier, dégagé à souhait, laisse entrer le matin une lumière sincère et agréable qui met en valeur objets, visages, et permet de refléter le paysage. Donner une perspective au lieu. 

 

Une vendeuse se dirige vers le marché pour y vendre ses légumes. L'impression que l'eau est en train de dormir. ©La Mo

Une vendeuse se dirige vers le marché pour y vendre ses légumes. L’impression que l’eau est en train de dormir. ©La Mo

 

Le résultat est sans appel. Chaque photographie de la série respire la sérénité, le calme. Le drame que peut causer les inondations devient pure, quiet, presque heureux.

Première étape du Photo Phnom Penh Festival

Les 17 photographies de La Mo peuvent être consultées lors du Photo Phnom Penh festival, à l’Institut Français du Cambodge. Cette série a marqué le début de l’événement vendredi 5 octobre dernier lors du traditionnel tuktuk tour. Pour cette 9ème édition, le fondateur Christian Caujolle reste fidèle à ses valeurs. « Je ne me suis jamais mis de barrières. Il n’y a pas de thème précis pour les expositions que nous proposons. Lorsque j’ai reçu les photographies j’ai simplement choisi celles qui m’ont le plus ému, celles qui véhiculent un message fort, a-t-il soulevé lors de la conférence de presse d’ouverture. Nous sommes heureux, pour la deuxième année consécutive d’exposer dans un collège (Chaktomuk) et un lycée (Preah Sisowath) pour donner envie aux jeunes khmers de se lancer dans l’art photographique. » Les inondations donc, mais aussi l’identité, l’acceptation d’autrui, l’archéologie, l’écologie, le monde animal, la technologie, les enjeux sociétaux, sont autant de sujets que vous pouvez apprécier en allant, gratuitement, visiter les lieux qui exposent jusqu’au 5 novembre.

 

Lieux d'expositions du Photo Phnom Penh Festival 2018 : Institut Français du Cambodge - Bophana Center - Ambassade de France - X-em Gallery - Lycée Preah Sisowath - Collège Chaktomuk - Sleuk Rith Gallery - Java Café - Koh Pich

Lieux d’expositions du Photo Phnom Penh Festival 2018

 

Thibault Bourru

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